Vapocraquer de Carling
Par Jean-Marc TODESCHINI, le 6 février 2007
M. TODESCHINI. – Le projet industriel adopté par Total Petrochemicals France (T.P.F.) pour les années à venir inquiète mon département et ma région. Vous en avez été informé par Jean-Pierre Masseret, président du conseil régional de Lorraine, car il prévoit dès 2009 la fermeture du vapocraqueur 2 sur la plateforme chimique de Carling et la suppression de 243 emplois sur ce site.
Cette annonce pose la délicate question de l'avenir de l'activité chimique et pétrochimique en Moselle : l'activité de Carling repose sur deux vapocraqueurs qui alimentent les besoins du groupe Total, mais également ceux d'Arkema et Ineos Sarralbe. Lui retirer un vapocraqueur ce n'est pas lui enlever un poumon, c'est lui arracher le cœur. Faute d'approvisionnement suffisant, ces clients préféreront s'alimenter ailleurs, ce que la logistique des flux existante rend difficile. Ils risquent donc d'abandonner leurs sites mosellans. Plusieurs milliers d'emplois en Moselle Est disparaîtraient alors.
Il est urgent, monsieur le Ministre, d'éviter cet effet domino. Le conseil régional de Lorraine a constitué un groupe de travail conjoint avec le conseil économique et social régional afin de définir d'ici la fin du premier semestre 2007 les stratégies industrielles ainsi que les aménagements nécessaires au maintien et à l'évolution d'une industrie chimique et pétrochimique en Lorraine. Les parlementaires et élus locaux des secteurs de Saint-Avold et Sarralbe se mobilisent également aux côtés des syndicats T.P.F., Arkema et Ineos Sarralbe, qui ont proposé un projet alternatif portant sur le traitement des condensats, résidus de combustion issus des vapocraqueurs. On obtiendrait ainsi un produit de base, le naphta, moins cher, et de l'éthylène inférieur de 30 % au prix actuel, ainsi que 400 000 tonnes de gasoil moteur par an. Selon les syndicats, le coût estimé est de l'ordre de 100 millions d'euros avec un retour sur investissement au bout de deux ans, soit beaucoup moins que les 400 millions que T.P.F. verserait pour la fermeture du vapocraqueur et que les investissements nécessaires pour assurer l'avenir de la filière chimique et pétrochimique en Lorraine, nous avons besoin du soutien de l'État. Le projet de traitement des condensats mérite d'être étudié plus avant. Le rapport de la région sera déterminant. Le temps est compté. Aussi, monsieur le Ministre, je vous demande d'accompagner ce travail en profondeur en faisant pression sur le groupe Total pour qu'il sursoie à sa décision et en demandant à vos services d'étudier rapidement le projet alternatif.
M. LOOS, ministre délégué. – Dès que les craintes liées à la fermeture du vapocraqueur 2 ont été identifiées, les députés André Berthol, Céleste Lett et Émile Blessig m'ont alerté. Deux rendez-vous ont été organisés à mon cabinet en décembre avec ces députés, le maire de Sarralbe et un représentant du préfet de la région Lorraine, l'un avec la direction générale de Total Petrochemicals, l'autre avec la direction britannique d'Ineos. Ces deux sociétés ont indiqué que cette fermeture n'aurait aucune incidence sur l'approvisionnement d'Ineos en matières pétrochimiques. Des représentants du groupe Arkema ont fait la même réponse à mes services sur le projet de traitement des condensats, dont le maire de Saint-Avold m'a informé dès décembre, le groupe Total m'a indiqué que l'investissement ne présente pas de rentabilité et que l'investissement à Carling reviendrait à y construire une petite raffinerie sans rentabilité ni pérennité. Total Petrochemicals s'est engagé à proposer à ses salariés, dans le cadre du plan de sauvegarde de l'emploi en négociation, des modalités pour éviter tout licenciement sur le site.
Pour autant, les interrogations demeurent sur la compétitivité de la chimie mosellane, exprimées par le collectif pour l'emploi dans la chimie en Moselle- Est mis en place par le maire de Saint-Avold et par l'organisation d'une manifestation le 7 février. Comme l'avaient proposé les députés Lett et Blessig en décembre, j'ai demandé au préfet de région de conduire, avec l'ensemble des acteurs de la chimie de Moselle, une étude prospective, qui analysera les propositions des organisations représentatives des salariés et des élus. Total Petrochemicals est disposé à y contribuer dans le cadre des opérations de revitalisation économique qu'il mènera sur le bassin de Carling- Saint-Avold. Ineos et Arkema ont indiqué leur accord pour y participer.
Tous ensemble, nous devons rendre l'approvisionnement de la France en matière pétrochimique, plus compétitif comme l'a rappelé le rapport du député Daniel Garrigue dans le cadre du conseil stratégique pour l'industrie chimique (Cosic). L'étude que conduit le préfet nous permettra d'aider les entreprises à y répondre.
M. TODESCHINI. – Je remercie M. le ministre pour cette réponse, mais elle ne me rassure pas : j'ai peur qu'il ne s'agisse que d'occuper le terrain, à la veille d'élections importantes ; le couperet tombera après.
Il s'agit d'un problème complexe, et la direction des relations institutionnelles de Total m'a fait récemment la même réponse, de même qu'à certains parlementaires U.M.P. après la première manifestation à Sarralbe.
Il y a urgence, et cette décision importante risque de mener à un désengagement complet de Total. La population et le maire de Saint-Avold s'en inquiètent. Finalement, la manifestation n'aura pas lieu demain. Nous devons travailler tous ensemble pour l'avenir d'un secteur que vous connaissez bien, monsieur le Ministre, pour en être voisin.